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Dialogue entre CHRÉTIEN ET ISLAM ?

Aujourd’hui, j’aimerai vous parler Y A T-IL DIALOGUE ENTRE LE CHRISTIANISME ET L’ISLAM ?

Symbole religieux

Dialogue Islam et Christianisme

Comment parler aujourd’hui d’islam et de christianisme ? Comment trouver les mots pour dépasser les amalgames, pour se respecter et s’écouter sans chercher à se convaincre ?

La première chose qu’on fait en général, c’est de regarder ce qui nous rassemble – chrétiens et chrétiennes, musulmans et musulmanes. On cherche des choses communes dans nos deux traditions religieuses, pour faciliter le dialogue. Et on en trouve !

Abraham le patriarche

Les traditions juive, chrétienne et musulmane se réclament de la même filiation à Abraham (Ibrahim en arabe), considéré comme le fondateur du monothéisme « le père des croyantes et des croyants ». En effet, l’Ancien Testament – qui est la Torah juive et qui est également une partie de la Bible des chrétien.ne.s – raconte l’histoire de plusieurs patriarches, dans le livre de la Genèse. On y trouve le récit de la vocation d’Abraham : Dieu envoie Abraham loin de son pays vers la Terre Promise et le bénit, lui promettant une descendance innombrable.

Puis la Bible raconte qu’Abraham a deux fils : Isaac, considéré comme le père des juifs et des chrétiens et Ismail, considéré comme le père des musulmans. Ainsi, en Genèse, 17, 20, Dieu s’adresse à Abraham et lui dit : « Pour ce qui est d’Ismail, je t’ai entendu : je le bénirai, je le rendrai fécond et je le multiplierai à l’extrême », ce qui est une référence aux peuples de la péninsule arabique, premier peuple musulman.

Le Coran raconte des choses similaires, par exemple dans la sourate 14, aux versets 37-39 où il est dit : « Paroles d’Abraham « Notre Seigneur ! J’ai établi une partie de mes descendants dans une vallée stérile, auprès de la Maison sacrée (…) Louange à Dieu ! Dans ma vieillesse, il m’a donné Ismaël et Isaac ! Mon Seigneur est celui qui exauce la prière. »[1].

[1] Les citations du Coran sont tirées de la traduction française de Denise Masson, celles de la Bible sont tirées de la Traduction Œcuménique de la Bible.

Islam art

Jésus et Marie dans le Coran

Les figures de Jésus et de Marie sont également un point commun fréquemment souligné entre chrétien·ne·s et musulman·e·s. Jésus est présent dans les deux traditions et y tient une grande place. Si dans la tradition chrétienne il est absolument central, il est « le chemin, la vérité et la vie », la tradition musulmane lui accorde également une place prépondérante. Jésus est cité dans le Coran, sous les noms de « Jésus, fils de Marie », « le Messie » ou « ‘Issa », 133 fois ! Les chrétiens arabes, eux, le nomment Yassou.

La tradition musulmane considère Zacharie, Jean-Baptiste et Jésus comme des prophètes, et ce dernier a une place à part car il est également un envoyé de Dieu et celui qui doit revenir à la fin des temps pour le jugement. Jésus est faiseur de miracles, il est lavé de toute impureté ; il est le signe et l’annonce de l’heure dernière ; il est le Verbe de Dieu, seul prophète dans le Coran à être fortifié par l’Esprit Saint.

De la même manière, Marie mère de Jésus est la seule femme citée nommément dans le Coran, et elle a une grande valeur aux yeux des personnes musulmanes. On trouve cela par exemple dans la sourate 21, 91 : « Et celle qui était restée vierge…Nous lui avons insufflé de notre Esprit. Nous avons fait d’elle et de son fils un Signe pour les mondes. » 

On voit donc qu’on peut trouver dans nos traditions religieuses chrétienne et musulmane des choses qui nous rassemblent. Mais…Et si finalement l’intérêt était ailleurs ? Si ce qui importait était en fait nos différences, d’abord parce qu’elles existent et qu’on ne peut pas les nier sans tomber dans un syncrétisme vide de sens, mais aussi et surtout car ce sont elles qui nourrissent notre dialogue et le rendent profond et authentique. Eh oui, quoi de plus beau que d’être capable de discuter avec un frère ou une sœur en humanité qui a des convictions, une foi, une manière de pratiquer sa religion qui est différente ?

L’amour n’est-il pas encore plus beau quand il est tourné vers celui ou celle qui ne nous ressemble pas ? Car c’est bien l’amour qui nous permet de dépasser nos différences pour vivre ensemble, dans la paix, la fraternité et le partage mutuel. 

Différence entre christianisme et islam ?

Les différences sont nombreuses. Par exemple ces deux traditions n’ont pas en commun d’être des religions dites « du Livre ». Étonnant non ? L’islam est une religion du livre, car elle accorde au Coran un statut sacré, en tant que texte révélé. Mais le christianisme, contrairement à ce qu’on pense généralement, n’est pas à proprement parler une religion du Livre, le christianisme est une religion de la parole. La Bible n’est pas un texte sacré en tant que tel, elle est le témoignage de la Parole de Dieu, qui est Jésus Christ. Du coup, la Bible n’est pas un texte révélé mais inspiré. Le Coran précède la naissance de la communauté musulmane alors que la Bible est écrite par des hommes et des femmes après la révélation de la Parole de Dieu, en la personne de Jésus. C’est la Parole qui précède l’Église, la communauté chrétienne qui, elle, précède le texte biblique.

Coran et islam

Coran et Bible

De cela découle que les musulman·e·s et les chrétien·ne·s n’ont pas le même rapport au texte. Pour la tradition musulmane, le Coran dit tout sur toute chose, il est le lieu où Dieu, par l’intermédiaire du Prophète Muhammad, expose les choses auxquelles il faut croire, les comportements qu’il faut avoir, les décisions qu’il faut prendre pour mener sa vie terrestre de la meilleure façon et obtenir le salut de son âme. Il y a des questions auxquelles le Coran ne répond pas, par exemple sur des points de la modernité qui n’existaient pas à l’époque de la révélation coranique. Dans ce cas, les théologien.ne.s et les juristes musulmans vont fonctionner sur le principe de l’analogie, en cherchant le cas le plus similaire au leur dans le texte et vont y répondre en se basant sur le modèle de réponses données dans le Coran.

Pour la tradition chrétienne à l’inverse, la Bible ne dit pas tout sur tout, elle n’est pas la réponse à toute chose. La Bible raconte simplement la manière dont Dieu fait alliance avec l’humanité, avec le Christ comme fondement, ce qui signifie que Dieu n’abandonne pas l’humain même s’il est pécheur. Les théologien.ne.s chrétiens utilisent donc des outils dits « historico-critiques » qui permettent de contextualiser les écrits et de les interpréter à la lumière des sciences modernes et des avancées de notre temps.

Le salut en Islam et en Christianisme

Pour les personnes musulmanes, le salut est obtenu grâce à une vie conforme à ce que demande le texte coranique. Pour les personnes chrétiennes, le salut ne dépend pas des actes posés par l’humain mais du Christ, qui est lui-même la Bonne Nouvelle du salut offert par grâce à toutes et tous. Le salut, l’amour de Dieu est offert sans conditions, mais chaque personne est libre de l’accueillir ou pas dans sa vie.

L’autre différence majeure c’est la personne de Jésus et son histoire. Elle est à la fois commune aux deux traditions, mais elle est également ce qui les sépare. Pour les chrétien·ne·s, Jésus est le Fils de Dieu, l’une des trois branches de la Trinité : Père – Fils et Esprit Saint. Même si cela fait débat selon les branches et diverses sensibilités théologiques et spirituelles dans le christianisme, la majorité croit que Jésus est à la fois humain et divin. C’est ce qu’on appelle l’incarnation de Dieu.

Or, dans le Coran (sourate 19, verset 35), cette doctrine chrétienne de la Trinité et donc de la divinité de Jésus est rejetée : « Il ne convient pas que Dieu se donne un fils. » Jésus est un prophète, certes très important puisque c’est lui qui reviendra lors du Jugement, mais il n’est toutefois qu’un humain.

De la même manière la crucifixion et la résurrection de Jésus, racontées dans les Évangiles chrétiens sont rejetées dans le Coran (sourate 4, 157 – 158) : « et parce qu’ils ont dit : « Oui, nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le Prophète de Dieu ». Mais ils ne l’ont pas tué ; ils ne l’ont pas crucifié, cela leur est simplement apparu ainsi. Ceux qui sont en désaccord à son sujet restent dans le doute ; ils n’en n’ont pas une connaissance certaine ; ils ne suivent qu’une conjecture ; ils ne l’ont certainement pas tué, mais Dieu l’a élevé vers lui : Dieu est puissant et juste. » En effet, le fait que Jésus, un envoyé de Dieu, puisse mourir sur une croix comme un malfaiteur (la crucifixion était un châtiment réservé aux criminels chez les Romains) est impossible, car ça serait une atteinte à la toute-puissance de Dieu.

Mosquée

Pourquoi l’islam et pas le christianisme ?

On peut se poser la question de savoir pourquoi des croyantes et croyants choisissent l’islam plutôt que le christianisme, notamment dans les pays européens dont l’histoire est marquée par une tradition chrétienne. Et pourrait aussi s’interroger sur le processus inverse.

Mais au bout du compte, l’important n’est-il pas que chacune et chacun puisse vivre sa foi selon la tradition qui lui correspond, qui le met en relation avec Dieu de la manière avec laquelle il ou elle se sent le plus à l’aise ?

Doit-on nécessairement être chrétien ou chrétienne quand on naît dans un pays de tradition chrétienne et musulman ou musulmane quand on naît dans un pays de tradition musulmane ?

Au fond, la foi est peut-être plus une affaire de cœur que d’appartenance culturelle. Choisir une confession religieuse est quelque chose d’intime et de personnel, car c’est la manière dont on choisit d’entrer en relation avec Dieu, source de toute vie et de tout amour. Comme le disait Jésus lui-même dans l’Evangile (Jean 14, 2) « Il existe plusieurs demeures dans la maison du Père ».

Pride célébration Ludovic et Caro
Légende : Pasteure Carolina Costa et Imam Ludovic Mohammed-Zahed à Genève au Temple de Plainpalais avec Le LAB de l’Eglise protestante de Genève.

Dialogue interreligieux

Le dialogue entre christianisme et islam remonte à loin. Dès le Moyen-Âge, les savants des deux traditions ont beaucoup échangé et travaillé les uns avec les autres. On trouve beaucoup d’influences réciproques dans les différents savoirs : médecine, physique, astronomie, philosophie, etc.

Aujourd’hui ce dialogue est encore très présent, riche et nécessaire sur tout après les différentes vagues d’attentats suite au 11 septembre 2001. Il existe de nombreuses initiatives qui vont dans ce sens. On peut citer par exemple les Rencontres d’Assise (du nom de la ville italienne), initiées par le Pape Jean-Paul II en 1986 et qui ont eu lieu ensuite en 1993, 2002, 2011 et 2016. Il existe également le Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune (communément appelé la déclaration d’Abu Dhabi), signée par l’imam Ahmad al-Tayyib (de la faculté d’Al-Azhar en Égypte) et le pape François le 4 février 2019.

L’association française Coexister https://www.coexister.fr travaille beaucoup au dialogue entre les différent·e·s religions ou courants spirituels. Partant de l’idée que la société d’aujourd’hui est plurielle, les jeunes de Coexister cherchent à valoriser la diversité pour en « faire un levier pour mieux vivre ensemble ». L’altérité religieuse est l’un des visages de cette diversité. Notons encore le travail à Genève de la Plateforme interreligieuse : https://interreligieux.ch/wp/ qui propose des occasions de rencontres pour tous les âges et la création d’un calendrier interreligieux pour favoriser la connaissance mutuelle.

Mais il semble surtout important de garder à l’esprit que ce dialogue est avant tout porté par les croyantes et les croyants des deux traditions. Chacune et chacun d’entre nous, à son petit niveau, peut déjà faire avancer les choses dans ce dialogue : apprendre des choses de la religion de l’autre, participer à des temps de partage et d’échanges, voire en organiser si cela n’existe pas dans sa ville, assister à des temps cultuels, etc. On peut par exemple facilement assister à une messe catholique ou un culte protestant, ou encore participer à une rupture de jeûne lors du Ramadan, dans la mosquée de sa ville. Les mosquées et les églises sont en général ravies d’accueillir des gens qui n’appartiennent pas à leur tradition mais qui sont curieux et curieuses, tant que la demande est faite et vécue dans le respect, la confiance et l’ouverture.

De plus, dans certaines villes se mettent en place des lieux de culte communs, comme par exemple le projet « House of One » en cours d’élaboration à Berlin, qui prévoit de regrouper dans un même lieu une mosquée, une église et une synagogue. L’ouverture de ce lieu est prévu en 2025…Affaire à suivre sur https://house-of-one.org/en. Pensons également aux aumôneries dans les hôpitaux qui là aussi travaillent bien souvent dans une perspective interreligieuse à l’écoute des patientes et des patients.

Couple musulman

Mariage interreligieux

Il n’est pas facile de parler de cette question des mariages dits « mixtes », car les différentes branches des traditions chrétiennes et musulmanes n’ont pas toutes le même regard sur le mariage entre des personnes issues chacune d’une des deux confessions.

Par exemple, l’Eglise catholique romaine accepte de prime abord un mariage mixte entre catholique et musulman·e, mais sous certaines conditions : la cérémonie de mariage doit se faire à l’Église et être une cérémonie catholique, le couple doit s’engager à élever leurs éventuels enfants dans la religion catholique et accepter les éléments essentiels du mariage catholique, tels que la fidélité, le fait d’avoir des enfants et de ne pas divorcer.

De leur côté, Les églises luthériennes ou réformées acceptent le mariage mixte sans condition particulière puisqu’en protestantisme le mariage n’est pas considéré comme un sacrement, mais qu’il est une simple bénédiction du couple et de leur projet de vie commun.

Dans la tradition musulmane, le texte coranique permet à l’homme de se marier avec une femme non-musulmane, à la condition que ce soit une monothéiste (juive ou chrétienne). Par contre, la femme musulmane n’est pas autorisée à épouser un homme non-musulman. Cela s’explique par le fait qu’en islam, la religion se transmet par le père et qu’il faut donc que celui-ci soit musulman pour être certain que l’enfant soit élevé dans l’islam.

Mais comme dans toutes les traditions, ces règles ne sont pas forcément suivies à la lettre par toutes et tous, et le mariage reste avant tout une question d’amour et de choix personnel. Pour approfondir cette question, voici une autre vidéo de Carolina Costa :

Dialogue entre musulman et chrétien

Nous employons des mots différents – Dieu, Allah (= Dieu en arabe), YHWH, pour désigner la même source de vie, le même amour. Le dialogue ne nous oblige pas à croire la même chose ou de la même façon. Il ne doit pas non plus être une volonté de convaincre l’autre et de le faire changer sa foi. Il est simplement un partage, un échange qui peut nourrir, faire avancer, et surtout faire vivre de belles rencontres et de belles expériences spirituelles pour découvrir combien Dieu est grand et se donne à connaître de multiples manières.

Mais cela n’est possible que si nous cheminons ensemble, dans le respect et la confiance.

Karine Michel, d’après une vidéo de Carolina Costa.

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Accessible pour une durée limitée:

Emangile 3.0
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Carolina Costa

Carolina Costa

Je suis théologienne, formée à l’Université de Genève, à la faculté autonome de Théologie Protestante (master UNIGE).

J’y ai acquis des compétences historico-critiques et appris le grec et l’hébreu, ce qui me permet de pratiquer mes propres traductions plus contemporaines et accessibles.

J’incarne une théologie réformée progressiste, inclusive, existentielle et joyeuse, en me servant de différents supports comme la vidéo, pour déployer mon énergie et l’Amour contagieux du Christ.

J’écris des livres sur les grandes étapes de la vie et je diffuse chaque semaine des vidéos brèves sur la foi sur les réseaux sociaux.

Carolina Costa

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Salut, je m’appelle Carolina Costa. Je suis pasteure et théologienne. Je suis décidée à te faire découvrir l’Amour inconditionnel transmis par Jésus-Christ.